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La Pompe funèbre de Charles III

institut européen des itinéraires culturels

Caroline Hamajda

31 Mai 2007

Après un règne de Soixante-trois ans, le duc Charles III meurt le 14 mai 1608. Le décès de ce souverain, dont l'action a donné tant de prestige à la maison de Lorraine, doit être dans la région un grand événement.

Artiste: Claude de La Ruelle, Frédéric Brentel, Jean La Hière
Caractéristiques: Album ; plano ; demi-reliure
Support: Livre imprimé

  Un cérémonial bien établi...


Cette pompe funèbre marque certainement le point culminant dans l’effort des ducs lorrains pour promouvoir le statut souverain de leur maison par le biais du cérémonial.

Claude de La Ruelle, maître des cérémonies, est chargé d’en écrire une relation Discours des cérémonies honneurs et pompe funèbre faits à l’enterrement du très haut, très puissant & sérénissime prince Charles 3 du nom, par la grace de Dieu duc de Calabre, Lorraine, Bar, Gueldres… publiée « A Cler-lieu-lez-Nancy, par Jean Savine 1609 ».

Mais le maître des cérémonies ne se contente pas d’un récit précis et concret, il fait graver un ensemble de soixante-quatorze planches pour conserver le souvenir de cette somptueuse pompe funèbre: Pompe funebre de Charles, duc de Lorraine, dix grandes tables contenantes les pourtraits des cérémonies, honneurs & pompe funebre, faitz au corps de feu sérénissime prince Charles 3e du nom – ce qui outre la pompe funebre du convoy faict aussi lors du transport dudit corps & figuré en 48 tables.

L’ordre est tenu au marcher, parmy la ville de Nancy à l’entrée en icelle du S. prince Henry II. Comme S.A. de Lorraine Henry II va à l’église. En tout 74 planches, gravées à l’eau forte par Brentel sur les dessins de Claude de La Ruelle & de Jean de la Hière; l’œuvre est gravée par Frédéric Brentel et imprimée par Herman de Loye.



Le Repas funéraire




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  Composition de l'oeuvre


L’album est composé de dix grandes tables (L.310 * H.420 mm) représentant les différentes phases de l’enterrement; elles sont accompagnées d’un commentaire (en français et en latin) imprimé par les typographes nancéiens Blaise André et Jacob Garnich et complétées par quarante-huit autres tables (L.433 * H.145 mm sauf les planches 37e et 40e 403 * 204 mm) représentant le convoi.

Les images gravées et imprimées induisent de longs commentaires aux regards de ceux qui savent voir, c’est à dire de ceux qui sont initiés à l’art du cérémonial. L’image dépasse et achève toutes les lectures et tous les autres imprimés; elle contribue à rendre le triomphe du prince immortel dans la mémoire des âges suivants; ceux qui n’ont pas vu verront quand même!



Les Cordeliers dans le convoi funèbre


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  Le frontispice de la Pompe funèbre


Le frontispice de l’ouvrage est consacré à la gloire de Charles III et à celle de la Lorraine.

Un monument figuré s’élève dans un ciel représenté par des amoncellements de nuages. L’architecture constitue l’armature de la page et s’apparente à un mausolée ou à un décor éphémère généreusement couvert de compartiments peints.

Dans les entrecolonnements inférieurs du monument s’insèrent des tableautins qui vantent les prospérités de la Lorraine; dans les entrecolonnements supérieurs se déploient les victoires militaires des ducs lorrains: les batailles de Nancy (5 janvier 1477), de Saverne, Marsal, Bitche et Jametz. Dans l’éther figuré de nuées sont assises vingt-huit allégories: à gauche sont les vertus du prince, comme Charites, Moderatio, ou Magnanimitas, et à droite sont les bienfaits du prince, comme Religoniem propagavit, Commercia exerit, ou Quietem stabilivit.

Au centre est représentée l’éternité de mémoire représentées par trois personnages: Aeternae a une sphère armillaire (instrument d’astronomie, composé de sphères représentant l’horizon, le méridien, l’écliptique…) sur ses genoux et une couronne d’étoiles autour de la tête et tient un serpent; Gloriosae est un ange à la robe étoilée qui tient une couronne étoilée resplendissante; et Memoriae porte un coffre hermétiquement fermé sur ses genoux et montre son front de l’index.

De part et d’autre du buste de Charles III couronné et entouré de lauriers se trouvent les allégories de la Lorraine et du Barrois. La Lorraine est représentée sous les traits de la Gloire guerrière avec son casque, sa cuirasse ornée de croix de Lorraine et d’alérions; elle tient une palme et une statuette de la Victoire, et présente un médaillon qui montre la conquête de Jérusalem par Godefroy de Bouillon (14 juillet 1099). Le Barrois est représenté sous les traits de la Félicité, vêtue d’une tunique brodée de bars héraldiques; elle tient un rameau d’olivier et un caducée entouré de deux cornes d’abondance.

Dans la partie inférieure du frontispice les richesses et la fécondité de la Lorraine sont évoquées comme un don de Dieu. Accompagnées d’un court intitulé, elles sont évoquées dans quinze petits tableaux d’une remarquable précision documentaire. Chaque image présente une ou plusieurs divinités allégorisées ou des allégories assises au premier plan d’un paysage offrant une description concrète du pays et des activités des habitants des duchés.

Les sciences humaines sont représentées par une femme, Doctrina, assise sur une chaire, tenant le glaive et le serpent enroulé autour d’un bâton, auréolée d’une croix, de livres, d’une ardoise couverte de chiffres, d’un cahier de musique, d’un caducée, d’un globe terrestre; à l’arrière-plan se profile une ville, probablement Pont-à-Mousson où est installé le siège de l’université fondée par Charles III.



Frontispice de la Pompe funèbre


Détail du frontispice


Mars, dieu de la guerre, est assis sur un tambour et entouré d’armes et d’étendards organisés en éventail, rappelant la bravoure des Lorrains. Opificina, allégorie du travail, est représentée dans le désordre d’objets éparpillés, disposés de même manière que la panoplie guerrière du dieu Mars. L’exhibition de ces outils et de ces produits indique une activité florissante. Bacchus, divinité du vin et de la vigne, et Cérès, qui fait mûrir le blé et jaunir la moisson, sont placés devant des vignes et des champs, évoquant la fécondité agricole des duchés lorrains; Flora, divinité des fleurs et du printemps, et Pomona, nymphe des fruits et des fleurs, attestent des richesses des jardins et des vergers. Pales, qui assure la protection des pâturages, et Melissa (une erreur est relevée ici: la déesse romaine protégeant les abeilles est Mellona et non Melissa) présentent les troupeaux paissant dans de riches prairies et l’activité effervescente des abeilles; une dryade, à l’ombre d’une forêt, est assise aux côtés d’un cerf et regarde des porcs paissant au pied d’un arbre.

Deux femmes, parées d’une lance et d’un chien pour l’une, et d’ailes et d’un oiseau de proie pour l’autre, évoquent la chasse à courre, venatio, et la chasse aux oiseaux, acupium, à l’arrière plan se profilent diverses scènes de chasse; la pêche se présente sous la forme d’une femme tenant un filet et une ligne, encadrée de nymphes symbolisant la Moselle, la Meuse et la Sarre, tandis qu’un fleuve barbu personnifie l’étang de Lindre. Une nymphe tenant des conques d’où s’écoulent des filets d’eau évoque la saline, à l’arrière plan se profilent les villes de Rosières, Salonne, Moyenvic, Marsal et Dieuze; une autre nymphe accoudée à une source représente l’activité thermale, alors qu’un bassin évoque les bains de Plombières; et la Vologne laisse s’échapper de sa cruche des perles en même temps que de l’eau devant la ville de Bruyères. Une femme auréolée des attributs du mineur est assise devant une mine et une forge, derrière lesquelles est représenté un paysage où l’on voit les sites du Thillot, Vaudrevange, Bussang, La-Croix-aux-Mines, Lusse, Wissenbach; une autre femme parée des instruments du verrier est assise devant un four se détachant sur un paysage où sont représentées les villes de Darney et de Dompaire; enfin deux femmes évoquent les carrières de marbre et d’albâtre des villes de Nancy, Charmes, Boulay, Marsal et Clermont.

Le frontispice de la pompe funèbre vise à montrer à l’Europe la richesse et la fécondité des duchés de Lorraine. Il célèbre la maison des ducs lorrains à travers Charles III et la nature artisane de la Lorraine et du Barrois. Il souligne également l’impulsion donnée par le duc défunt à des industries et à des prospections nouvelles.

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